Cinquième voyage, jour 103 : Le cri qui ne revient pas

Date : 19 août 2025
Lieu : Aqaba, Jordanie



Je suis arrivé à Aqaba ce matin, et le passage du silence rocailleux de Pétra au bord de la mer a été immédiat et surprenant. J'ai senti l'air, lourd de chaleur, mais adouci par la légère odeur de la mer Rouge. C'était différent de l'air sec du désert ; il était plus léger et plus rafraîchissant.

J'ai longé le rivage pendant quelques heures. La lumière était crue, presque aveuglante, mais l'eau la captait par petites touches, fracturées : le bleu cédait la place à l'argent, l'argent redevenait bleu. Des galets parsemaient le sable, tranchant sous mes pieds. Je me suis retrouvé à suivre les lignes où l'eau laissait de fins filets de sel blanc. Chaque pas me ralentissait, non pas par fatigue. C'était parce que la scène était si captivante que je voulais l'observer de plus près.

Des pêcheurs réparaient leurs filets sur la jetée. Ils avançaient avec une assurance tranquille. Un garçon courait le long du bord peu profond du lac, ses cris absorbés par l'air libre avant de pouvoir résonner. J'observais les motifs que les vagues dessinaient sur la pierre, pensant à des coups de pinceau. Je songeais à la coexistence du mouvement et de la pause, sur une même ligne.

La chaleur était si intense que je ne pouvais plus bouger. Je m'assis sur un rocher bas, laissant le soleil et la mer communiquer sans moi. Mon corps était lourd, mais mon esprit léger. Pour la première fois depuis des jours, je cessais de penser au passé et à l'avenir. Seul le bruit de l'eau sur la pierre me semblait important.

À mon retour, le sel avait laissé de légères traces sur mes vêtements, et mon carnet contenait quelques croquis de corde et de la forme d'une vague, mais ils n'étaient pas complets. Aujourd'hui, il ne s'agissait pas de créer quelque chose de nouveau. Il s'agissait de se rappeler comment se tenir au bord et écouter.