Cinquième voyage Jour 40 : Banc, vide, face à l'eau

Date : 17 juin 2025
Lieu : Oulu, Finlande
Le ferry pour Hietasaari était presque vide. Il n'y avait que quelques personnes, et on entendait parfois des sacs en plastique ou des sacs à dos frotter contre les bancs. Je suis resté debout pendant la majeure partie du trajet, les doigts enroulés autour de la rambarde métallique, à regarder l'argent terne de l'eau bouger lentement comme du tissu. Le ciel était toujours gris, mais il ne faisait jamais nuit. Cela faisait ressortir chaque aiguille de pin et chaque morceau d'écorce de bouleau.
Une fois sur l'île, je me suis laissé guider par le sentier. Rien ne m'importait. Un sentier sablonneux longeait des plantes vertes basses et de la mousse humide. De temps à autre, le sentier s'ouvrait sur l'eau. Tout semblait calme. Les mouettes étaient là, mais elles n'étaient pas agressives. Elles se contentaient de battre des ailes à quelques reprises au-dessus de la cime des arbres. J'ai croisé deux personnes pendant tout ce temps. Toutes deux ont hoché la tête. Nous n'avons rien dit, ce qui semblait normal.
Je n'ai pas dessiné aujourd'hui. J'avais mon matériel sur moi, mais je le gardais caché dans mon sac. J'ai plutôt pensé à la texture d'un rocher recouvert de lichen, et à la feuille jaune de l'année dernière qui s'était coincée entre deux racines et y était restée. Je crois que c'est ce dont j'avais le plus besoin : ne pas créer, ne pas analyser, mais simplement cheminer avec les choses et me laisser porter par leur immobilité.
À mon retour en ville, il pleuvait un peu. Pas assez pour être trempé, mais juste assez pour embuer mes lunettes et ralentir mon pas. Je suis resté un moment au bord de l'eau avant d'entrer. Les lumières commençaient tout juste à s'allumer aux fenêtres. Leur couleur or pâle contrastait avec le bleu-gris de l'air.
C'est une journée calme, pas exigeante, mais je sais que je m'en souviendrai toujours. Demain, je tiendrai mon pinceau différemment. Je me concentre sur ma respiration. Je peux maintenant garder les silences qui me conviennent.